Analyse Textuelle du Coran

La méthode d’analyse textuelle s’inscrit dans une approche synchronique du Coran. L’approche synchronique s’intéresse à son objet d’étude à un moment précis de son histoire. Ainsi, le Coran pris comme un corpus clos de langue arabe, reflétant l’état de la société du début du 7° siècle de la côte occidentale de la péninsule arabique, sera étudié sous l’angle du moment de sa révélation. Cependant, et ce n’est pas antagoniste, le texte coranique est dans sa rédaction finale, composé et composite[1]. Cette démarche se démarque de l’approche diachronique qui s’intéresse à l’évolution d’une langue ou d’un texte à travers le temps.

Ensuite, cette méthode d’analyse repose sur deux piliers que sont la linguistique et la mise en contexte. La linguistique s’intéresse aux mots à travers les notions de racines, de racines apparentées, de formes et de leurs usages concrets. Quant au contexte, il s’intéresse à l’aspect situationnel du discours, de sa composition et des liens de sens qu’il entretient avec d’autres éléments de discours, au sein du corpus coranique, ou vers d’autres textes extérieurs à lui qui lui servent explicitement ou implicitement de référence (le tout passé au crible du processus de « coranisation »[2]). Ces deux piliers seront chapeautés par une lecture « Rahmanique » du texte, qui trouve sa légitimité dans la position importante de la Basmala[3], avant toute récitation ou méditation coranique.

Enfin, en synthèse, nous verrons comment les éléments précités se combinent pour former notre méthode d’analyse textuelle du Coran. Trouver le sens littéral d’un mot coranique peut se synthétiser par l’équation suivante :

(1) Etymologie + (2) sens de la Forme + (3) prise en compte du Contexte (Textuel et Anthropologique) = méthode EFC.

C’est cette formule que nous allons détailler maintenant.

 

Linguistique

1 – Etymologie / Notion de Racine

Le premier élément à prendre en compte est la racine des mots. Les racines arabes sont soit bilitères (2 consonnes),  soit trilitères (3 consonnes – immense majorité) ou composés plus rarement de quatre consonnes. Cette racine fait référence à un ou à plusieurs concepts fondamentaux qui servent de liant aux mots qui lui sont rattachés.

2 – Forme

Le mot se forme par l’ajout d’une forme aux racines. Ainsi, un mot en arabe est dérivé d’un système racinaire en lui rajoutant certaines lettres ou signes. À l’origine, c’est cette forme qui nous est transmise sous forme orale à travers le Coran. Retrouver la racine consistera donc principalement à enlever des lettres. Ce travail a été fait par les lexicographes puisque la plupart des dictionnaires sont organisés autour des racines. Un mot est donc formé par l’application de schèmes, de règles syntaxiques et morphologiques à une racine.

Exemple -> La racine « jim ba nun« (Coran, 37-103) est à l’origine de mots aux descriptions variées : fromage, lâcheté, la partie au-dessus de la tempe, cimetière. Un Occidental aura du mal à trouver un dénominateur commun à ces quatre mots. Pourtant, ils ont été dérivés à partir d’un sens-fonction abstrait qui renvoie à « quelque chose qui est creux ou rétracté ». Ainsi, cette racine fait référence, dans le contexte du verset coranique 37-103, à la zone qui est juste au-dessus de la tempe, car elle se situe au niveau de la partie ridée du front. Enfin, le mot « jabeeni » formé de cette racine en 37-103, qui est au gérondif, se distingue de la forme « jabeenu » qui lui est à la forme nominative.  La différence formelle n’implique donc pas ici une différence de sens, mais une différence dans le rôle joué par ce mot dans la phrase.

3 – Racines apparentées

Un système racinaire (ou racine) n’est jamais totalement isolé des autres systèmes racinaires. Il s’intègre dans le vaste mouvement d’élaboration d’une langue et de la complexification des enjeux sociétaux. Ainsi, par exemple, un mot trilitère a été à l’origine formé par une racine bilitère qui s’est vue rajouter l’infixe, un suffixe ou un préfixe. Par ailleurs, elle entretient aussi des relations étroites avec d’autres systèmes racinaires composés des mêmes consonnes, mais organisés différemment (Exemple -> relation d’opposition, de contraste entre abc <-> cba ou relation très proche entre abc <-> acb). De même, il faudra tenir compte dans certains cas du rôle particulier joué par les semi-consonnes que sont les lettres « wa » et « ya » ; et dans une moindre mesure le « alif ». Ainsi, là où un dictionnaire pourrait laisser penser que la structure racinaire des mots a été formée d’un seul tenant et de manière autonome, l’Histoire nous raconte une tout autre histoire faite de  mélanges et d’influences diverses et variées qu’il faudra prendre en compte, là où s’est possible, lors de nos analyses.

4 – Usages de la langue

La langue arabe étant une langue sémitique, elle possède certaines caractéristiques communes à ce groupe de langues dont la particularité d’être pragmatique (sens physique # sens abstrait, et définition fonction # définition description) et tourné vers l’action (En plus de l’impératif, il n’y a que deux temps en arabe en rapport avec l’action : l’accompli ou l’inaccompli[4]). Ainsi, on privilégiera, quand cela sera possible, les usages des Arabes de l’époque au travers d’expressions issues du terrain, afin de mieux cerner le sens profond des mots.

 

Contexte

Il s’agit de redécouvrir le sens textuel par la mise en contexte du texte à travers différents axes de travail.

5 – Contexte Situationnel

Le premier axe est représenté par la mise en évidence du contexte situationnel dans lequel est intervenu la descente de l’Ecriture sainte. Un discours né d’une situation par rapport à un ensemble de circonstances au milieu desquelles se déroule un acte d’énonciation. Tout ignorer de la situation d’énonciation n’aide guère à comprendre factuellement un énoncé. Dans le moins pire des cas, on l’interprète par dérivation de son sens originel. Dans le pire des cas, on en arrive à faire dire au texte le contraire de ce qu’il voulait exprimer, par une déformation de son sens originel. Ainsi, on ne peut pas faire l’économie de cette mise en perspective historique du texte, au risque de tomber dans l’anachronisme ou d’appliquer des schémas de pensée « postérieure au moment coranique », qui étaient inopérants et/ou inenvisageables du temps de Muhammad.

Ainsi, on ne pourra se départir totalement de la production humaine tardive par rapport au temps de la révélation coranique (Biographie de Muhammad, Recueils de Hadiths, Exégèses…), ainsi que des avancées scientifiques anthropologiques modernes, mais cela sera toujours à l’aune du Coran et non l’inverse. Le Coran est notre Critère de discernement ultime. Cependant, en reliant les différentes unités textuelles du Coran entre elles, celui-ci se révélera souvent auto-suffisant, auto-référentiel. Cela sera toujours en tout cas cet angle d’approche qui sera privilégié lors de nos études, et à défaut le Coran nous servira de juge de paix suprême.

Ce contexte situationnel se situe sur deux plans : 1 – un plan général (un temps, un lieu, une société) et 2- un plan circonstanciel (contexte historique de la révélation). Sur un plan général et synthétique, le Coran a été révélé au début du 7° siècle de notre ère, sur la côte occidentale de la plaque arabique, dans une société tribale patriarcale basée sur des jeux d’alliances et de solidarité, aussi bien entre les hommes qu’avec le monde céleste. Les sédentaires côtoient les Bédouins nomades, dans un environnement essentiellement aride ou semi-aride qui ont marqué les imaginaires collectifs. L’eau de pluie dans ces milieux est rare et recherchée. Ce n’est donc pas un hasard si le modèle de l’oasis préfigure le jardin céleste. De même, se perdre dans ces territoires désertiques et immenses, c’était se condamner à mourir rapidement par une privation d’eau combinée avec le tourment de la chaleur écrasante du soleil, sans ombre pour s’abriter. Ce n’est donc pas un hasard non plus si la notion de bonne guidance a une place toute particulière dans le texte coranique. En outre, c’était une société marquée par l’oralité où la parole donnée était sacrée. De même, l’éloquence et la précision des mots par la maîtrise de la langue arabe, étaient considérées tout autant qu’une source de fierté pour ces tribus arabes, qu’une arme de guerre au même titre que les armes conventionnelles. Enfin, le commerce, sous toutes ses formes, était la principale source de richesse de la tribu de Quraysh où est né Mohamed.

6 – Contexte Textuel

Le second axe, le contexte textuel[5], repose sur la nécessité d’une méthode d’analyse textuelle capable par son application de désamorcer les interprétations infinies, et coller au plus près du sens textuel originel. La méthode utilisée sera l’analyse rhétorique ou rhétorique sémitique. Une catégorie entière lui est réservée sur ce site, tant son importance pourtant décisive comme outil exégétique valide,  comme il nous sera donné l’occasion de le constater à de multiples reprises, a été négligée ou est encore peu connue. En arabe coranique, la forme est la porte du sens. Les figures de composition du discours coranique sont riches d’enseignements qui orientent la compréhension du texte, en évitant souvent des interprétations hasardeuses voire orientées. S’il devait y avoir un seul critère qui justifie la création de ce site cela serait sans nul doute celui-ci, par la mise en relief de la disposition du discours coranique, favorisant ainsi la réflexion sur le texte coranique.

La rhétorique sémitique découpe le texte en ensembles et sous-ensembles d’unités textuelles (termes, membres, segments etc..), selon des indices de compositions précis, pour mettre en exergue leurs relations proches ou distantes. Ces relations se  fondent selon deux principes principaux de composition : la parataxe, et surtout la symétrie ou la binarité. [Cf. « Niveaux et figures de composition rhétorique« ].

7 – Contexte Intertextuel

Le troisième axe fait appel à la notion  de contexte intertextuel. L’intertextualité exprime l’ensemble des relations existant entre plusieurs unités textuelles, qu’il s’agit de mots, de niveaux de composition ou de thèmes. Cette intertextualité peut concerner des relations entre unités textuelles appartenant au même corpus (en l’occurrence ici le Coran), ou avec d’autres corpus si le Coran y fait référence (le Coran s’inscrivant dans la longue lignée des Écritures Saintes judéo-chrétienne, qu’elles soient reconnues officiellement ou dites « apocryphes »).

 

Basmala

Le Coran se pense à l’aune d’une lecture « Rahman-ique ». En effet, chaque récitation de sourate (hormis la neuvième) est précédée de la Basmala : « au nom de Dieu, l’Absolu-Protecteur-Bienveillant, l’Intarissable-Protecteur-Bienveillant ». Par cette formule, Dieu se présente à nous au travers de sa qualité essentielle qui est l’Amour débordant.  Le Coran est donc le produit quintessentiel de l’Amour Divin envers ses créatures. C’est le seul voile de lecture autorisé par Dieu, à défaut de dégager un sens probant.

 

• Méthode d’analyse textuelle du Coran

Après avoir mis en lumière les différents éléments constitutifs de l’approche synchronique, nous nous intéressons sur la manière dont ils ont vont être utilisés et agencés pour former une méthode pertinente d’analyse du texte coranique. Elle sera progressive et hiérarchisée, et peut être résumé par la formule suivante : « de la signification lexicale au sens textuel par la mise en contexte du texte et de son contexte ».

La part à accorder au contexte dans la recherche du sens originel est fondamentale dans cette approche. Elle est prépondérante sur la linguistique pour en déterminer la compréhension, tout en s’appuyant sur elle. C’est en effet la prise en compte du contexte, dans toutes ses dimensions, qui va permettre de réduire le champ des possibles lexicographiques afin de dégager une compréhension qui colle au plus près du texte.

Pour éclairer l’importance du contexte, nous prendrons l’exemple de la forme l-ʿafwa qui apparaît deux fois de façon identique dans le Coran en 2-219 et 7-199, et dont la racine est « ayn-fa-waw ». Donc, nous sommes en présence d’un même signifiant[6]. Nous allons voir qu’il a un même signifié fondamental (dénotation), mais deux connotations qui dépendent du contexte.

  • CITATIONS

« …Ils t’interrogent sur ce qu’ils doivent dépenser/yunfiqūna. Dis : « l-ʿafwa« . C’est ainsi que Dieu clarifie les signes, afin que vous réfléchissiez » (Coran, 2-219) 

« Accepte/khudhi l-ʿafwa, ordonne ce qui est convenable, et détourne-toi des ignorants. (Coran, 7-199)

  • LINGUISTIQUE   
    • Dictionnaires
      • Ibn Faris : cela mène à la perception de laisser aller une chose.
      • Lane Lexicon : Elle a été ou est devenue effacée, gommée, rasée ou oblitéré; (S, Msb, K) comme aussi تعفّى: (K) et cela, ou lui, a péri, anéantit ou a pris fin, ou est mort. (S, K) On dit, عَفَا الأَثَرُ La trace, le vestige ou l’empreinte, a été ou est devenue effacée.
    • Usages concrets :  
      • (al-afwu minal maal) L’eau restante après que tout le monde a étanché sa soif.
      • (asha’rul ba’eer) Les poils de chameaux ont poussé plus que de nécessaire.
      • (al-aga-u) La pluie qui lave toutes les traces.
    • Racine apparentée :   
      • « ayn-fa-fa » :
        • Dictionnaires :
          • (ifffah) ou (afafoon) signifie s’empêcher de choses interdites ou haram, ou s’abstenir ou s’arrêter de choses interdites. Ibn Faris a également soutenu cette affirmation.
          • (al-iffa) signifie l’état d’une libido où elle peut être protégée de la tentation.
        • Usage concret :
          • (al-ufafatu): la portion de lait qui reste dans les trayons des chameaux après la traite.
  • CONTEXTE
    • Contexte situationnel :
      • 2-219 : Passage médinois où le prophète est interrogé sur certains aspects de leurs obligations divines. C’est un contexte apaisé entre ralliés.
      • 7-199 : Passage mecquois polémique où le prophète est pris à partie et raillé par ses opposants, qui dénigrent son message. Nous sommes ici dans un tout autre registre que le verset 2-219. Nous avons affaire à un contexte conflictuel.
    • Contexte textuel :
      • Contexte de la phrase :  dans les deux versets le mot « l-ʿafwa » est l’objet sur lequel s’exécute une action. Dans le verset 2-219, cette action est représentée par l’utilisation du verbe « dépenser« , alors que dans le verset 7-199 il s’agit du verbe « prendre/saisir/accepter« . Deux actions antonymiques dans leurs fonctions.
      • Contexte textuel proche et distant du verset 2-219 : il fait partie d’un morceau où juste avant il est souligné que les boissons alcoolisées, certes contiennent un bienfait, mais elles contiennent surtout un méfait bien plus grand dont on devine qu’il s’agit de l’état d’ivresse ou d’ébriété (l’abus d’alcool est dangereux pour la santé sic!). Par ailleurs, ce morceau est en symétrie avec le verset 2-188 qui fait référence à deux actions négatives des gens concernant la dépense de ses biens : 1) ne pas dépenser ses biens mais au contraire accaparé des biens, et 2) dépenser certes mais dans un but pervertit visant à corrompre les autorités, et obtenir ainsi des passe-droits. Cette mise en relation du verset 2-219 avec le verset 2-188 (par le jeu de la rhétorique sémitique) permet de ne pas se tromper sur le propos tenu en 2-219 qui est ténu : « Excès » !.
    • Contexte intertextuel :
      • Le participe actif « l-ʿāfīna » apparaît une seule fois en 3-134 : « ceux qui dépensent/yunfiqūna dans l’aisance et l’adversité, qui dominent leur rage et pardonnent/l-ʿāfīna aux gens… ». Cette phrase est composée de deux parties : « ceux qui dépensent/yunfiqūna dans l’aisance et l’adversité » et « qui dominent leur rage et pardonnent/l-ʿāfīna aux gens« . Ces deux parties forment dans le jargon de la rhétorique sémitique deux membres à part entière. Dans le deuxième membre, le terme « l-ʿāfīna » est relié à l’expression précédente par le fait de ne pas se laisser dominer par sa rage, c’est-à-dire de ne pas succomber aux accès de colère qui envahissent notre esprit, suite à des actes malveillants d’autres personnes à notre encontre. Ainsi, nous avons là la manifestation de deux phases qui mènent au véritable pardon : -1- dans un premier temps, il s’agit de contenir notre colère et éviter l’agressivité; et -2- dans un deuxième temps, il s’agit d’effacer les traces de colère qui subsistent en nous. Petite parenthèse à propos de la leçon de psychologie donnée par le Coran. Tout acte malintentionné à notre encontre fait surgir un sentiment de colère ou de mécontentement. Cependant, nous ne devons pas céder à la tentation de refouler cette colère ou de la laisser éclater à travers de la violence, mais au contraire, d’être pleinement en conscience de notre état émotionnel afin d’en rester maître, pour dans un second temps en retirer le résidu. Enfin, en 3-134, le terme « l-ʿāfīna », qui se comprend aisément comme le fait de pardonner (avec le sens explicité ci-dessus), n’est pas lié directement au terme dépensent/yunfiqūna (première partie de la phrase) ; terme que l’on retrouve en 2-219, laissant présager en contexte 2-219 une connotation autre que celle suggéré par le mot « pardon » en 3-134.
  • PROPOSITION DE TRADUCTION
    • Signifié fondamental (dénotation) : le terme « l-ʿafwa » a le même signifié dans les deux versets, et se comprend par le terme « Excès« .
    • Connotation : chacun des deux termes à une connotation différente qui est liée à leurs contextes respectifs. Ainsi, l’un, le verset 2-219, fait référence à l’excès de biens et renvoi à la nécessité de se débarrasser du superflu au profit des nécessiteux et des proches. L’autre, le verset 7-199, renvoie à la notion de pardon au sens de « Saisi (afin de t’en débarrasser) les traces (de colère qui subsistent en toi) », c’est-à-dire « Accepte l’excès.. » (sois indulgent).

 

Ne réfléchissent-ils pas sur le Coran ? S’il provenait d’un autre que Dieu, ils y auraient trouvé de nombreuses contradictions. (Coran, 4-82)

Ne réfléchissent-ils pas sur le Coran ? Ou y a-t-il des cadenas sur leur cœur ? (Coran, 47-24)

 


[1] « il faut dire du Coran, c’est qu’il est à la fois composé ET composite » (Michel Cuypers – https://journals.openedition.org/mideo/384).

L’aspect composite du Coran est indéniable pour une grande part de sa composition. Ainsi, selon un consensus qui dépasse le simple cadre de la tradition musulmane, la sourate 2 a été révélée sur la presque totalité de la période médinoise par fragments agglomérés, tandis que la sourate 96, de période mecquoise, est composée de deux parties distinctes qui ont été regroupées à dessein. Le débat porte essentiellement sur l’existence ou non d’une volonté exégétique ayant présidé à sa composition. Pour résumer, la structure et l’ordre coranique des différents fragments recueillis participent-ils à la compréhension du discours coranique ? Ou sont-ils la simple manifestation d’un rassemblement arbitraire basé sur des critères lâches ? Le travail exposé sur ce site montrera que cette structure est non seulement porteuse de sens et qu’elle est tout sauf le fruit d’un hasard, mais qu’elle est une clé indispensable pour saisir le sens textuel ; ce à quoi, ni la tradition musulmane ni les orientalistes ou les réformistes, n’en ont mesuré encore véritablement la portée et l’intérêt.

[2] Par processus de « coranisation » nous entendons le fait que des histoires empruntées à la tradition judéo-chrétienne (textes sacrés, apocryphes ou autres) ont été « coranisées », c’est-à-dire relues et pensées selon une vision véhiculée par le texte à propos de l’histoire des hommes, des prophètes et de l’Etre-divin en accord avec des principes immuables, et toujours en rapport avec la situation vécue par le prophète et son entourage.

[3] La basmala (بسملة) ou bismilah est un mot en langue arabe qui désigne tous les mots de la formule bismi-llahi r-Rahmani r-Rahimi (arabe : بِسْمِ اللهِ الرَّحْمٰنِ الرَّحِيْمِ). On la traduira de deux manières équivalentes :

   1 – Traduction conceptuelle : « Au nom de Dieu, le Tout-Rayonnant-d’Amour-matriciel, l’intarissable-source-d’Amour-matriciel ». L’ajout de l’adjectif matriciel permet de mettre en lumière l’usage des arabes de la racine r-h-m qui renvoi à l’utérus de la femme. Ainsi, cet adjectif signifie « Qui a rapport avec la matrice et, par extension, qui a une valeur initialement nourrissante, formatrice et protectrice ». (Cf. cnrtl.fr)

   2 – Traduction pragmatique : « Au nom de Dieu, l’Absolu-Protecteur-Bienveillant, l’intarissable-source-de-Protection-Bienveillante » ou « Au nom de Dieu, l’Absolu-Protecteur-Bienfaisant, l’intarissable-source-de-Protection-Bienfaisante ».

Veuillez noter qu’il existe une autre alternative au début de cette phrase. Au lieu de dire : «  »Au nom de Dieu » on pourrait aussi le comprendre ainsi : «  »Accompagné de la qualité-essentielle de Dieu ». On voit là toute la difficulté de rendre d’une seule façon la richesse linguistique de la langue d’origine.

[4] Ce respect du temps est fondamental dans la compréhension du texte coranique comme nous aurons l’occasion de le constater.

[5] Cf. la catégorie « Rhétorique sémitique ».

[6]  « Le signifié désigne la représentation mentale du concept associé au signe, tandis que le signifiant désigne la représentation mentale de la forme et de l’aspect matériel du signe. » (Wikipedia)

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