Composition du texte Coranique

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[25:32] […] Nous l’avons agencé selon un ordre harmonieux

[39:23] “Dieu a fait descendre le meilleur des discours, une Ecriture impliquant ressemblance et répétition.

Au premier abord la lecture du Coran est déroutante. Aucune logique « familière » ne semble parcourir sa composition. Elle  apparaît erratique, faite ci et là de morceaux aux sujets divers, répartis tant bien que mal en sourates où les thèmes s’enchevêtrent et se succèdent sans que l’on y décèle de liens apparents.

Ainsi, aux lecteurs que nous sommes, formés et formatés à l’analyse rhétorique gréco-latine, il apparaît comme un texte singulier, une sorte d’OVNI sur la planète des Ecritures saintes et profanes.

Ce sentiment général est dû à trois faits indéniables, résumé ci-dessous sous forme de questions :

  • Le Coran est-il organisé par sourates en ordre décroissant de longueur ? NON.

Il y a une tendance[1] générale à la décroissance au fur et à mesure que l’on parcourt le livre (lié à son choix organisationnel comme on le verra lors d’analyses ultérieures).

  • Le Coran est-il organisé par ordre chronologique ? NON.

Ainsi, juste après la Fatiha, le Coran enchaine avec la sourate 2 qui se situe après l’hégire, et dont les éléments textuels qui la composent ont été révélés sur environ 8 ans soit la quasi-totalité de la période médinoise !

  • Le Coran est-il organisé par Récits ? NON.

A titre d’exemple, l’histoire d’Adam se retrouve répartie dans 6 sourates différentes !

Malgré quelques tentatives faites au cours des siècles, dont les travaux récents de Raymond K. Farrin pour démontrer que le Coran était un tout organisé et structuré, notre approche LINÉAIRE des textes ne nous donne pas les clés de compréhension de la logique qui a procédé à son organisation.

Il ne reste alors plus que trois pistes de réflexions principales :

  • Soit on s’arrête sur ce constat et on détricote le texte pour essayer de lui retrouver une logique derrière cet apparent fouillis (hasard, aléas historiques, auteurs multiples etc..) ;
  • Soit on aborde le texte selon une approche essentiellement ATOMISTE, c’est-à-dire verset par verset qui coupe souvent le texte de son contexte textuel, en cherchant des éléments de compréhension EXTÉRIEUR au texte, à partir d’autres sources ;
  • Soit on concède que notre grille de lecture et d’analyse du Coran n’est pas adaptée à son étude. Le biais de compréhension, dans ce cas-là, ne provient pas du texte lui-même mais de notre manière de voir et d’aborder ce texte.

Les travaux de vulgarisation de R. MEYNET (Bibliste) sur l’analyse rhétorique appliqué aux textes bibliques, et surtout nous concernant ceux de M. CUYPERS ont permis de mieux comprendre l’organisation textuelle du Coran.

En effet, leurs travaux sur l’”analyse rhétorique” de textes sémitiques (approche appelée par convention “Rhétorique sémitique”) on permit de dégager l’angle d’approche sous lequel médité le texte coranique : la SYMÉTRIE ou le principe de BINARITÉ (en plus de celui de la parataxe). Toute son organisation procède de ce principe fondamental et fondateur, qui lui confère harmonie et beauté à l’image de notre Univers.

Ainsi, on peut déceler trois grandes figures de composition symétriques qui traversent le texte coranique à différents niveaux :

  • Le parallélisme, quand des termes en relation sont disposés selon un même ordre : par exemple AB/A’B’ ;
  • La composition spéculaire, quand les termes en relation se présentent en ordre inversé : AB/B’A’ (au niveau de la phrase, on parlera de chiasme) ;
  • La composition concentrique, lorsqu’un élément central vient s’intercaler entre les deux versants du parallélisme (ABC/x/A’B’C’) ou de la construction spéculaire (ABC/x/C’B’A’).

Je vous renvoie à mon article “Pour approfondir” pour mieux cerner les enjeux derrière ce jargon de spécialiste ainsi qu’à prendre connaissance de l’article qui détecte ces figures de composition à travers un exemple concret.

En conclusion, l’analyse rhétorique confirme les propos du Coran quand il affirme être agencé selon un ordre harmonieux et calculé très précis. Le Coran est constitué de blocs thématiques qui se correspondent par symétrie et s’éclairent les uns les autres. Ainsi, nous avons là un outil exégétique de premier plan pour comprendre le sens textuel. C’est d’ailleurs tout le but de la catégorie “Sourates” que de mettre en avant cette disposition symétrique du corpus coranique.

 


[1]